Pourquoi faire grève ?

Suite aux mesures de confinement, un million de personnes environ seront privées d’une part importante ou de la totalité de leur revenu. Comment allons-nous faire pour continuer à subvenir à nos besoins essentiels : nourriture, soins de santé, charges, etc, si nous devons continuer à payer un loyer qui était déjà un gouffre pour notre budget avant le confinement ?

Car les problèmes de logement étaient déjà graves à Bruxelles et en Belgique. Les locataires et les associations qui défendent le droit au logement pointaient depuis longtemps du doigt la toute puissance des propriétaires et des intérêts financiers par rapport aux besoins – pourtant fondamentaux – des familles qui ont besoin de se loger.

Les loyers étaient déjà trop chers pour des milliers d’entre nous. Ils le sont encore plus désormais que la crise du Coronavirus nous prive de notre revenu, ou d’une partie de celui-ci.

Les propriétaires, dont la plupart ne manquent certainement pas de moyens pour faire face à la crise actuelle, ne seront probablement pas enclins à annuler le paiement de nos loyers pour la durée du confinement, sûrement pas en majorité en tout cas. Nous observons aussi que les gouvernements successifs n’ont fait que renforcer le droit au profit plutôt que le droit, pourtant essentiel, de pouvoir se loger.

Il est donc essentiel, non seulement d’annuler le paiement des loyers en cette période de confinement comme mesure d’urgence, mais aussi de repenser en profondeur la manière dont nous organisons – ensemble, en tant que société – l’accès au logement pour toutes et tous après cette période de crise. 
Isolés et seuls par rapport à notre propriétaire, il sera difficile de faire entendre nos voix. C’est pourquoi il est essentiel de se mettre ensemble, en se revendiquant des mêmes conditions de vies difficiles et autour du même objectif : l’annulation du paiement des loyers pour la durée du confinement, et un accès réel pour toutes et tous à un logement décent.

Bien sûr, refuser de payer son loyer n’est pas sans risque. Si vous craignez de rejoindre le mouvement. Nous vous proposons de cliquer ici pour en savoir plus sur les aspects juridiques et les risques encourus !

Quels sont les risques de faire une grève ?   

Faire une grève n’est jamais sans risque, mais il s’agit aussi d’un moyen permettant de faire entendre ses besoins et ses droits. En collectivisant les risques, on collectivise aussi l’organisation de la défense. Plus de gens participent, plus les chances d’éviter ces risques sont grandes. Il est toutefois important de vous informer sur ces risques potentiels en vous référant à la section Enjeux Légaux

Il y a beaucoup de petits propriétaires qui ont besoin de leur revenu locatif. Faut-il tout de même arrêter de leur verser un loyer ?

Notre action a pour but de soutenir les personnes qui ne seront pas en mesure de payer leur loyer, et ce quel que soit le niveau de richesse de leur propriétaire.

Nous appelons également tout le monde à participer à la grève, pour renforcer celle-ci, par solidarité avec ceux qui ne peuvent pas payer d’une part, et d’autre part parce que nous pensons que tout loyer est illégitime en soi (voir « Pourquoi pensez-vous que tout loyer soit illégitime ?).

Dans ce deuxième cas de figure, nous en appelons néanmoins au bon sens. Si vous vous rendez compte que votre propriétaire dépend de votre loyer pour sa survie et que vous avez les moyens de payer, ne le laissez pas crever !

Par contre, cette situation ne saurait être acceptable sur le long terme. Nous devons nous assurer que personne ne puisse se retrouver dans une telle détresse. Cette responsabilité est collective et ne devrait certainement pas reposer sur les épaules d’un locataire individuel.

Gardons tout de même à l’esprit qu’un propriétaire bailleur est très généralement un multi-propriétaire : il détient son propre logement et un second (voire plus) qu’il met en location. Ce capital immobilier l’exclut donc de fait des catégories pauvres.


Pourquoi pensez-vous que tout loyer soit illégitime ?

La relation propriétaire-locataire est inégale par définition. Elle suppose qu’un propriétaire dispose d’un logement dont il n’a pas d’usage direct d’un côté, et d’un locataire en mal de logement de l’autre. Le propriétaire va alors pouvoir « offrir » une solution de logement au locataire, en échange du versement d’un loyer. Le locataire devra alors chaque mois s’acquitter d’une part significative de ses revenus pour payer le propriétaire. Celui-ci va donc pouvoir tirer une rente et s’enrichir, du seul fait qu’il détient un titre de propriété pour un bien dont il n’avait pas réellement l’usage.

Le loyer, ce sont donc les plus pauvres qui paient les plus riches parce qu’ils sont plus riches et pour qu’ils le soient toujours plus.

Les propriétaires ont des frais, le loyer sert aussi à l’entretien du logement, etc.

En effet, mais jamais dans les proportions du loyer versé. Attention aussi au fait que le propriétaire, s’il perd temporairement l’usage de son logement en le louant au locataire, reste bien le détenteur final de son bien. Tout entretien ou rénovation ne fait donc que maintenir ou augmenter la valeur de sa propriété en vue d’une future revente ou remise en location à un prix supérieur. Seule la socialisation des logements permettrait de sortir de casse-tête.

Quant aux propriétaires qui auraient du mal à rembourser leur prêt hypothécaire en l’absence de revenu locatif, nous pensons qu’il n’appartient pas aux locataires de financer les plans d’investissement de leur propriétaire.

Dans ma situation, je ne crois pas que ce soit une bonne idée de faire grève, pourquoi pensez-vous que je devrais quand même faire grève ?

Si vous pensez que ce n’est pas une bonne idée, vous êtes probablement mieux placé.e que nous pour en juger.Nous appelons à la grève, oui, nous n’avons cependant pas l’intention de contraindre qui que ce soit à nous suivre.

Je peux payer mes factures et mon loyer, pourquoi devrais-je participer ?

Plus il y a de gens qui participent, plus ce sera difficile pour les proprios et le gouvernement de briser la grève et plus nous aurons de chance que le gouvernement réponde à nos demandes.

Il est possible que vous n’ayez pas de problèmes financiers maintenant, mais que d’ici un mois ou deux la situation de vous contraigne à ne plus pouvoir payer votre loyer, comme elle contraint aujourd’hui des milliers de personnes.

Les demandes que nous faisons au gouvernement visent à sauver des vies. Nous voulons que le gouvernement prenne des mesures d’urgence pour éviter le plus de morts possible et que les gens continuent à prendre soin de leur santé pour mieux résister à la COVID-19. Personne ne devrait avoir à faire le choix entre se loger, se nourrir et être en santé.

Tout le monde doit être solidaire en temps de crise et on doit répondre collectivement aux problèmes actuels. On sait déjà que beaucoup d’entre nous seront incapables de payer leur loyer dans les prochains mois. Participer à une grève des loyers est geste nécessaire pour que le gouvernement prenne acte des besoins de la population et décrète l’annulation des loyers tant que l’état d’urgence sanitaire sera en place. 

Y a-t-il des exemples de grève qui ont fonctionné ? 

Oui! L’histoire est remplie d’exemples de grèves des loyers réussies, généralement provoquées par des circonstances extrêmes. Et la COVID-19 en est certainement une.

Pour en savoir plus, visitez: https://www.redpepper.org.uk/five-rent-strikes-which-changed-the-game/  ou encore: https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_des_loyers

Ne devrait-on pas concentrer notre énergie à combattre le COVID-19 ?

C’est précisément ce que nous faisons. Nous exigeons que les propriétaires, les banques et les gouvernements prennent des mesures qui nous permettent de nous concentrer à combattre la COVID-19. Si nous cessons de nous alimenter ou de nous soigner pour pouvoir payer notre loyer, ou si nous devons trouver des moyens de gagner des sous alors que tous les emplois ont disparu, nous ne pourrons pas contribuer le plus efficacement à combattre la pandémie.  

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